Chapitre 2 : jour de liesse... ouais, enfin pas pour tout le monde...
Les mois passaient, semblables les uns aux autres, mais rien ne
changeait réellement dans sa chambre… toujours les
mêmes hommes, toujours les mêmes remontrances pour chaque
type qu’elle entaillait pour défendre chèrement sa
peau… Toujours les mêmes coups de fouet, les mêmes
punitions… bref, rien de neuf…
La journée avait plutôt bien commencé à vrai
dire, et Sélène avait été envoyée
avec d’autres esclaves renouveler les stocks de nourriture, parce
qu’apparemment, leur maître ne pouvait pas s’en
charger seul… Elle n’avait pas mis les pieds hors du harem
depuis près de 7 mois, et ce bol d’air semblait la mettre
de bonne humeur… enfin, ça ne l’incitait pas non
plus à sautiller partout… Bref, la jeune femme
s’était vêtue d’une robe super couvrante,
histoire de dissimuler les quelques bleus qui témoignaient de sa
dernière rébellion en date, et accompagnait Aleera et
Meela le long des rues menant au marché… Un homme avait
été affecté à leur surveillance, tant pour
les maintenir hors de porté de clients obsédés que
pour les empêcher de fuir… même si les esclaves
parvenaient à fuir, elles seraient toujours trahies par les
torques en bronzes qu’elles portaient depuis leur rachat…
elles étaient différenciées des femmes libres un
peu de la même manière dont on marquait les bœufs au
fer rouge… un truc de malades...
Sélène promenait son regard sur à peu près
tout ce qui se présentait à elle, que ce soit les
étalages des marchands ou les armes des guerriers qu’elles
croisaient… cela faisait trop longtemps qu’elle
n’était pas sortie, et ce bol d’air, cette
agglomération de perceptions semblait lui aérer la
tête… Le regard d’un homme se posa sur elle, et elle
porta instinctivement la main à son torque, promenant ses doigts
le long des motifs qui y étaient gravés, des motifs qui
devaient sans doute être la copie conforme de ceux qui ornaient
les torques de ses "amies"... la notion d'amitié n'existait pas
véritablement au sein du harem, et les relations
étaient toutes basées sur des rapports de domination; le
tout étant de savoir quelle esclave attirerait le plus
d'hommes, quel homme s'approprierait le plus de femmes, tuerait le plus
d'hommes au combat, et aurait le plus d'enfants... bref, un monde pas
spécialement recommandable pour un paquet de jeunes filles qui
avaient emprunté la même voie que Sélène...
Mais bon, de toute manière on ne lui avait pas laissé le
choix; mourir ou servir de jouet jusqu'à ce qu'une maladie
l'emporte... et à 16 ans, n'importe qui aurait choisi la vie...
Sélène se perdit à nouveau dans ses
pensées, restant comme figée devant l'étal de
légumes en croisant le regard du petit garçon adorable
qui la fixait avec insistance, un sourire adorable aux lèvres...
Un sourire un peu lointain étira les lèvres de
Sélène, et le petit garçon tira sur la tunique de
son père, cherchant à obtenir des explications sur la
douleur qui semblait émaner d'elle, aussi bien dans son attitude
que dans son regard d'un noir profond...
Papa, elle a quoi la dame?
Rien mon fils, elle n'a rien...
Sélène baissa les yeux sur les tomates outrageusement
rouges qui étaient posées sur l'étalage, semblant
peiner à s'arracher à l'observation de ce petit
garçon... Le genre d'être innocent qui ne devait
même pas connaître l'existence ou la signification du mot
"harem", et qui s'empresserait de s'y rendre lorsque ses hormones le
tirailleraient de trop - donc dans à peine 8 ans - et il ferait
lui aussi des ravages, comme la plupart des hommes en
général... Sélène les détestait tous
autant qu'ils étaient, et peutètre même que le
problème devait être réglé à la
source... en empêchant les hommes de copuler, si on les
empêchait d'avoir une descendance, on supprimait pour le coup
la raison d'exister des harems... et peutètre que dans le
fond, c'était la meilleure chose à faire... La
tâche serait longue, parce que la voie de la violence
n'était pas spécialement celle que souhaitait emprunter
la jeune femme... mais peutètre était-ce tout ce qu'il y
avait à faire, en dehors de prendre purement et simplement la
fuite, au risque d'être pendue lorsque son torque d'esclave
serait aperçu... le sort réservé aux esclaves qui
refusaient de se soumettre à leurs maîtres; on coupait les
mains aux voleurs, on coupait les pieds aux fuyards, et on pendait ceux
qui n'obéissaient pas après les avoir copieusement
fouettés pendant plusieurs mois...
Cinq sesterces...
Deux mots qui eurent pour principal effet de sortir
Sélène de ses pensées... La jeune esclave orienta
son regard vers la plus grosse des cadettes qui l'accompagnaient, et la
laissa payer, se contentant de glisser les tomates dans le panier qu'on
lui avait ordonné de porter... Le petit groupe alla
d'étalage en étalage, et le panier devint bien vite trop
lourds pour les bras frêles de la jeune femme, qui n'avait pas
été nourrie depuis trois jours... encore une punition,
mais au final, lorsqu'elle serait trop amorphe pour satisfaire le
moindre soldat, ils seraient bien obligés de la nourrir à
nouveau, mais là encore, il n'était pas vraiment certain
que toute cette bande de porcs s'abstiendrait de lui passer dessus si
elle venait à être inconsciente... Les dernières
provisions achetées, le panier devint bien trop lour, et ce fut
Meela qui le prit, soulageant sa cadette de son trop lourd fardeau.
Quelques centaines de mètres plus loin, le petit groupe manqua
de se faire piétiner par un groupe de guerriers à cheval,
qui semblaient pressés de regagner l'enceinte du mur: une
idée folle naquit dans l'esprit de Sélène, et
profitant du fait que l'attention de leur chaperon était
détournée, elle se carapata, relevant sa robe un peu plus
haut de manière à ne pas s'empierger dedans.
Sélène fila à toute vitesse, se faufilant entre
les gens dans une rue qu'elle ne connaissait pas, et qui
malheureusement pour elle, se révéla être une
impasse... La jeune femme fit volte-face et tomba nez à nez avec
son chaperon, qui n'avait pas l'air très enchanté de lui
avoir couru après: elle se mangea une tarte comme rarement
elle en avait connues et manqua de s'effondrer au sol tant le coup
porté avait été fort... La douleur
résonnait dans toute sa tête, et une migraine pas possible
était en train de se préparer; la fin de journée
s'annonçait donc beaucoup moins agréable qu'elle n'avait
commencé. Une fois ramenée au harem, Sélène
fut bien entendue copieusement fouettée - encore une fois - et
sous les yeux des autres habitantes du harem, histoire de bien montrer
que personne ne pourrait s'échapper sans pour le coup devenir le
punching-ball de leur gardien... Leodred, un chaperon aussi rusé
qu'il était musclé... et là,
Sélène était en train de comprendre son erreur;
encore une fois...
Chaque coup de fouet lui rappelait à nouveau qu'elle
n'était pas libre, et que les règles de cet endroit
sordide s'appliquaient aussi à elle, pour son plus grand
désespoir... La lanière de cuir mordait un peu plus
profondément ses chairs à chaque coup, et
Sélène finit par hurler sa douleur, tandis que les
spectateurs détournaient le regard, à la fois
outrés que l'on puisse traiter une femme ainsi, mais ne
même temps bien contents que ceux qui refusaient d'entrer dans le
moule y soient forcés... question de fierté sans doute,
parce qu'eux aussi avaient dû souffrir pour obtenir leur "place"
- si tant est que devenir une distraction pour mâles en rut soit
réellement une place de laquelle on peut être fière
- et personne ne semblait vouloir mettre fin à son calvaire...
De minuscules étoiles finirent par envahir son champ de vision,
et Sélène finit par tourner de l'oeil, tombant
inconsciente sur les pavés de la cour, le dos
complètement ravagé...
De longues heures plus tard, l'adolescente se réveilla dans sa
chambre, et la première chose qu'elle aperçut fut le
visage d'Aleera, qui était penchée au-dessus d'elle et
lui tamponnait le front avec vigueur... Aleera était la doyenne
des esclaves enfermées dans le harem, et du haut de ses 38 ans,
elle avait appris les trucs et astuces du métier à une
tripotée d'esclaves...
Enfin, tu daignes te réveiller! As-tu idée de ce qui nous attend ce soir?
Sélène se ramassa le linge humide sur le coin de la
figure, et elle se redressa avec une lenteur pas possible, sentant les
cicatrices de son dos se tendre... Elle orienta son regard vers son
ainée, qui faisait les cent pas dans la chambre...
Non... mais en ce qui me concerne, je prédis une quantité non négligeable de coups de fouet...
Ca, c'est en
effet ce qui te pend au nez si tu continues à t'imaginer
vivre libre et hors de ces murs... Tu es née esclave, et tu
mourras esclave, Sélène... Il ne tient qu'à toi de
faire en sorte que ta vie dure le plus longtemps possible...
Je crois que la
longévité ne m'intéresse pas is c'est pour servir
de paillasson à tous ces romains...
Lève-toi au lieu de dire des sottises!
Sélène s'exécuta, parce qu'en dépit des
sermons gonflants que pouvais lui servir Aleera, elle restait de bon
conseil... L'adolescente quitta donc son lit, et attrapa un petit
miroir, avant de tenter d'observer ses cicatrices par une habile
contorsion... Aleera lui apporta une robe propre, et l'entraîna vers la
salle de bain que toutes partageaient... Sélène fut
débarrassée de ses vêtements et plongée sans
ménagement dans le baquet, juste avant qu'Aleera ne commence
à la frotter avec cette vigueur qui lui était propre.
Sélène grimaça lorsque son ainée s'attaqua
à son dos meurtri, et bien vite, elle fut savonnée et
rincée... Aleera lui jeta un drap immense sur les épaules
et l'aida à sortir du baquet, l'entrainant près d'une
cheminée pour lui démêler les cheveux tandis
qu'elle se séchait...
Quand cessera-tu de jouer aux paillassons, Sélène?
Quand les hommes de ce camp sordide cesseront de me considérer comme telle...
Alors tu te sens obligée de coller à l'idée qu'ils
se font de toi... un principe très dangereux, j'espère
que tu en as conscience...
Sans doute... mais est-ce qu'ils te traitent mieux lorsque tu es belle et bien apprêtée?
Aleera resta silencieux pendant quelques secondes, en oubliant
même de poursuivre le démêlage des cheveux de sa
cadette... Les coups de brosse reprirent de manière plus douce,
comme si Aleera se perdait dans ses pensées, comme si elle
essayait de réfléchir à une éventuelle
réponse... il n'en était rien malheureusement pour
Sélène, parce que toutes celles qui étaient aussi
verges de traces de coups qu'Aleera s'étaient soumises depuis
bien longtemps... Sur la cinquantaine d'esclaves, il devait y en avoir
trois ou quatre qui continuaient de résister, mais leur
résistance était carrément moins perceptible que
celle de Sélène...
Est-ce vraiment nécessaire de me démêler les cheveux autant de fois par jour?
Tu dois être présentable pour la fête de ce soir...
Sélène afficha une moue pas spécialement
convaincue de la nécessité de la chose, et elle
grimaça lorsque Aleera régla le problème d'un
noeud particulièrement coriace...
Et ta présence est requise... le maître envoie la plupart d'entre nous au village...
Pour la fête du cochon, ou la
foire à la tarte encore? L'année dernière,
ça avait pas mal plu à Lya, elle devrait se proposer...
Non, nous
sommes sensées distraire les guerriers de retour d'un long
voyage... et qui ont essuyé pas mal de coups
d'épées et de pluies de flèches...
... et donc naturellement, ils auront envie de passer sur la moitié des femmes du harem pour se "détendre"...
Surveille un peu ton langage...
C'est un muscle comme un autre de toute manière, je n'ai rien...
Sélène se ramassa une tape à l'arrière de
la tête, destinée à la faire taire... Aleera devait
sans doute être la seule personne qu'elle respectait pour autre
chose que par crainte de se faire déchiqueter le dos à
coups de fouet... Aleera natta les ensuite les cheveux de
Sélène avec une rapidité affolante, et
bientôt, Sélène se laissa entrainer vers la
pièce dans laquelle étaient entreposés les
vêtements qui étaient à disposition de chacun
d'entre elle... Aleera attrapa une robe vaporeuse à peine
couvrante, et la tendit à Sélène, qui s'enroulait
toujours dans son drap, avec l'air de ne pas franchement avoir
très chaud...
Celle-ci sera parfaite sur toi...
Pas assez couvrante... je risque de finir allongée sur une table avant la fin de la soirée...
Tu as des manières atroces...
Je baigne dans la vulgarité
depuis trop longtemps pour pouvoir m'en sortir un jour indemne... Si
j'étais princesse ou dame de haut rang, mon vocabulaire serait
scandaleux... Mais vu la place que m'a accordé la
société, j'estime être totalement dans le ton...
Sélène prit la robe et laissa glisser le drap à
ses pieds, semblant aussi ignorer ce que "pudeur" signifiait... Aleera
détourna le regard le temps que Sélène s'habille,
et finit par la regarder à nouveau pour déterminer si
elle ferait bonne impression pour les heures à venir...
Visiblement, l'ensemble avait l'air de lui convenir, mais
Sélène continuait de tirer une tête de six pieds de
long... La robe était une sorte de voile rouge sang qui laissait
entrevoir presque entièrement sa jambe droite, tout en restant
assez transparent pour que ce qu'elle était sensée cacher
soit quasi-visible... Sélène croisa les bras sur sa
poitrine bien trop découverte à son goût,
décidant pour le coup de jouer les contestataires
pénibles...
Je ne porterais pas ça...
Sélène, tu n'as pas le choix...
Bon, alors si je la porte, je n'irais
pas, c'est décidé... Je ne ressemble à rien dans
ce truc, si c'est juste histoire de leur laisser un morceau de tissus
à enlever avant de me sauter dessus, on peut trouver d'autres
vêtements et...
Sélène se ramassa cette fois une gifle, et baissa les
yeux, constatant comme à chaque fois qu'elle essayait de
discuter qu'Aleera était loin d'être son amie... Aleera
lui releva le menton, la forçant à la regarder bien en
face, et contrairement à toutes les fois où des homes
avaient essayé le même stratagème,
Sélène ne détourna pas le regard, se sentant comme
transpercée par le regard bleuté de son ainée...
un regard qui reflétait tellement de choses qu'il en devenait
difficile à soutenir... un regard qui indiquait clairement
qu'elle l'avait déçue...
Quelques larmes embuèrent le regard noir de
Sélène, et elle finit par dégager son visage de la
prise d'Aleera, croisant ses mains derrière son dos, et baissant
les yeux en signe de soumission... Pas de fouet, pas de violence...
juste un regard suffisamment expressif pour lui faire comprendre que ce
n'était pas à elle de décider... Aleera lui
adressa un dernier regard et quitta la pièce sans un mot de
plus, laissant Sélène dans cette robe qu'elle
détestait, au beau milieu de la pièce qui servait
d'armoire pour l'ensemble des esclaves du harem... La jeune femme
attrapa une sorte de grosse veste tricotée en laine
grossière et regagna sa chambre, attendant l'heure fatidique
à laquelle elle devrait se donner en spectacle...