Encore
une fin de soirée comme toutes les autres… trois types
différents… des soldats qui ne respectent rien
d’autre que leurs propres armes, sans code d’honneur, et
sans aucun respect pour les femmes… des soldats, en clair, dans
toute leur splendeur, et avec ces appétits bien particuliers
communs à toutes les armées du monde… la
nourriture, le sang… le sexe…
C’est pour le troisième point que je suis là, voire
même aussi pour le deuxième, et pour le premier, si
l’envie leur en prend… Ces braves combattants ont besoin
d’être divertis après les batailles, ou même
sans circonstances particulières… ce sont des hommes ;
leurs actes sont mus par leurs pulsions, et rien n’importe plus
que leur satisfaction, au mépris de toutes les choses les plus
évidentes…
Un jour, ils paieront tout ça, et ils comprendront… nous
ne sommes pas des jouets dont on dispose… je ne suis pas leur
jouet…
Chapitre 1 : comment tout a commencé…
Une petite bourgade en Europe de l’est… peutètre
bien en Roumanie… Sélène est née de parents
artisans au IXième siècle, dans une région assez
montagneuse. Son enfance fut assez classique – du moins, autant
que pouvait l’être celle d’un enfant de
l’époque – et elle fit son possible pour être
aimée de ses parents… Chaque tentative se soldait
inlassablement par un échec, principalement parce que la
gentillesse et la docilité dont pouvait faire preuve
l’enfant ne pesait pas lourd face aux profits que souhaitaient
faire les deux commerçants : le travail passait avant tout, afin
d’assurer leurs vieux jours, et Sélène restait
désespérément seule, à l’écart
de ce cocon familial auquel avaient pourtant droit tous les enfants de
son âge… Sélène s’enferma donc dans
son mutisme, devenant une enfant renfermée sur elle-même
et désespérément silencieuse, et la plupart des
villageois commencèrent à jaser, craignant que
l’enfant ne soit possédée ; l’excuse courante
à l’époque pour justifier tous les comportements
sortant de l’ordinaire…
Des peuplades nordiques ne tardèrent pas à envahir la
région annexant à peu près tout ce qui se trouvait
sur leur chemin… leur objectif était tout autre ; ils
n’avaient que faire de ce coin paumé de Roumanie pour
autre chose que pour les ressources qu’ils pouvaient en
retirer… leurs ambitions étaient bien plus grandes, mais
à l’époque, personne ne pouvait le savoir…
La guerre fit rage quelques années plus tard, alors que
Sélène n’était âgée que de 5
ans. Le petit village fut bien vite sous contrôle, de même
que la quasi-totalité de la région. Les habitants durent
se soumettre aux envahisseurs, et les réfractaires à la
nouvelle autorité furent pendus ou tout simplement
décapités. Ce ne fut pas le cas des parents de
Sélène, qui s’empressèrent de prêter
allégeance à leurs nouveaux seigneurs, tandis que les
envahisseurs les nommaient contremaîtres et leur confiaient la
charge du village et du maintient de l’ordre… Les parents
de la jeune fille se gargarisèrent de cette position
hiérarchique, et elle ne vit pas de grande différence par
rapport à son mode de vie antérieur à cette
colonisation… La seule chose qu’on lui demandait
était de plumer des volailles à longueur de
journées, parce qu’apparemment, leurs nouveaux seigneurs
étaient incapables de se les plumer eux-mêmes…
Quelques mois plus tard une autre peuplade nordique entra finalement en
conflit avec leurs seigneurs actuels, et la nourriture se fit plus rare
à mesure que les conditions de vie se dégradaient : les
parents de Sélène ne manquèrent de rien,
contrairement à la multitude d’autres paysans qu’ils
étaient chargés d’exploiter au nom de leur
maître, et Sélène décida de se
révolter du haut de ses 6 ans, balançant une pierre sur
un guerrier à cheval passant dans la rue… Le guerrier en
question réclama réparation et se mit en tête de
lui couper la main, histoire de lui apprendre à ne pas
caillasser les symboles de l’autorité : une esclave
s’y opposa, révoltée que les parents laissent faire
ça pour conserver les avantages qu’ils obtenaient des
envahisseurs… La pauvre femme trouva la mort, empalée par
l’épée du garde, et Sélène s’en
fut dans la forêt, pieds nus, et pas spécialement
parée pour affronter l’hiver qui faisait rage… la
petite fille fut retrouvée trois jours plus tard à
moitié morte et frigorifiée, blottie entre les racines
d’un chêne centenaire : elle fut fouettée en guise
d’exemple et rendue à ses parents, qui la privèrent
de nourriture pour lui apprendre la vie… enfin du moins, ce que
eux considéraient comme la vie… La société
qui se mettait en place n’était pas vraiment telle que ce
qu’elle avait pu imaginer, et chaque jour qui passait apportait
son lot de morts, emportés par la famine, et d’autres
maladies sordides, tandis que ses propres parents recevaient davantage
de nourriture et d’argent de la part de leurs «
maîtres »… L’enfant se renferma davantage sur
elle-même, et un an plus tard, elle développa
d’étranges pouvoirs et se laissa dépasser par eux,
devant une sorte de paria de cette micro-société…
Ses dons étranges inquiétèrent pas mal le
voisinage, et les soldats ne tardèrent pas à passer
à la demeure familiale, pas franchement rassurés de
compter une jeune sorcière parmi les esclaves. Les parents
furent incapables de mettre la main sur leur fille tant que les soldats
restèrent dans le coin, mais Sélène
réapparut à l’heure du repas, émergeant de
sous un lit : Ses parents la jetèrent dehors sans
ménagement, lui donnant à peine un morceau de
pain… Sélène survécut pendant environ deux
mois, se contentant de menus larcins pour se trouver à manger
sur les étals des commerçants au marché… Un
jour, elle finit par se faire prendre et fut rapidement balancée
dans une oubliette creusée dans le sol, dans l’attente
d’être brûlée vive en tant que
sorcière… Lorsque le jour fatidique arriva, un
pétage de plomb généralisé de son pouvoir
convainc tous les spectateurs de mettre fin à leurs jours,
tandis qu’un soldat se transformait en torche humaine pour
détacher la jeune mutante… Sélène
s’en tira avec de grave brûlures, et vola un cheval pour
fuir ce village de misère, avec dans le but de s’installer
ailleurs, quitte à mourir pendant le voyage…
Le voyage dura plusieurs semaines, et le cheval volé finit par
mourir de vieillesse, laissant la petite fille seule en pleine
forêt et complètement livrée à
elle-même… Après deux jours d’errance
à pieds dans un milieu particulièrement hostile,
Sélène finit par s’écrouler dans la neige
à quelques mètres du campement d’un groupe de
saltimbanques… Elle fut bien vite trouvée, masse de
tissus informe et sombre au beau milieu de la neige immaculée,
et la petite troupe l’intégra bien vite, la traitant comme
on aurait pu le faire avec une petite sœur perdue de vue depuis
bien trop longtemps… Environ 9 mois plus tard, ils
arrivèrent en Gaule, et traversèrent le pays pour
atteindre l’Armorique, une terre qui d’après ce
qu’ils racontaient tous, était pleine de promesses…
Seulement, cette terre si prospère dans les contes et
légendes cachait en réalité une vaste
étendue apparemment vierge de tout, mais colonisée par
des envahisseurs d’un autre genre… des romains, comme la
population semblait les désigner…
Le petit groupe fut bien vite intercepté sur une route de
campagne, et n’ayant pas le physique type des habitants de la
région, tous furent enchaînés et guidés
jusqu’au marché aux esclaves de la grande ville la plus
proche… Un homme paré de bijoux et vêtu de robes
étranges, du genre de celles que portaient les femmes là
d’où Sélène venait… Elle fut
achetée avec la plupart des autres femmes qui étaient
enchaînées avec elle, et les esclaves furent
emmenés par bateaux jusqu’en Bretagne, pour être
vendues un peu partout dans le pays… Après plusieurs
jours de bateau, le cortège fit route jusqu’au camp de
base du mur d’Adrien, où la centaine d’esclaves
devaient être mis au travail. Son pouvoir à peine
maîtrisé lui permit encore une fois de fuir, et la mutante
trouva refuge auprès des Pictes, peuple vivant des forêts,
composés de bretons (et grand-bretons) souhaitant chasser les
romains de leurs terres… Sélène fut accueillie
parmi eux sans réellement comprendre leur langue, et fut
bientôt guidée en territoire picte par quelques guerriers,
au nord du mur d’Hadrien… L’adolescente reçut
une éducation et y apprit le maniement du bâton, entrant
ainsi définitivement dans leur clan… A 16 ans,
Sélène fut proclamée « Déesse de la
Lune » par son nouveau peuple, en raison de ce que ses pouvoirs
lui permettaient de faire : elle assura la protection des guerriers
à chaque combat, rendant fous les romains qui tentaient de les
tuer sournoisement par derrière, et la dévotion de ce
peuple grandit encore et encore… jusqu’à ce que
tous tombent aux mains de leurs ennemis… Un détail tout
bête leur avait fait perdre leur atout principal :
Sélène avait été distraite par quelque
chose qui au départ ne lui était pas destiné, et
les guerriers avaient eu nettement moins de chance que
d’ordinaire face aux romains et aux types qui se battaient avec
eux… La forêt avait été incendiée, de
manière à faire quitter leurs abris aux archers, et les
flammes avaient fait remonter pas mal de choses
désagréables… Les guerriers furent
massacrés, et les rares survivants incapables de combattre
furent achevés, tandis qu’on enchaînait à
nouveau ceux qui n’étaient pas comme ces maudits
romains…
Cette fois-ci, Sélène arriva à destination et fut
placée chez plusieurs maîtres successifs, mais bien vite
tous admirent leur incapacité à tirer quoi que ce soit
d’elle, et un type massif vint un jour l’emmener loin de la
dernière famille qu’elle servit…
Sélène finit dans un harem dans l’enceinte du mur,
devenant pour le coup le jouet de pas mal de romains
haut-placés, et bien vite, elle comprit son erreur de
n’avoir pas accepté de servir les familles sans histoires
qui l’avaient achetée… Les douleurs et humiliations
se succédèrent au rythme régulier du
défilé des hommes dans sa « chambre », la
cellule dans laquelle on l’avait cloîtrée…
pas de nourriture ou de truc de ce style si les hommes qui venaient la
voir n’étaient pas satisfaits, alors l’adolescente
céda, souhaitant disparaître de la surface de la terre,
mais apparemment, personne ne semblait accéder à sa
requête…
Sélène se rebella finalement, utilisant pour la
première fois en utilisant la dague que lui avait fournie
l’une des plus vieilles captives : elle entailla
profondément le soldat, et encore une fois, elle comprit
à nouveau qu’on ne lui laissait pas le choix :
Sélène fut enchaînée dans une cour sombre et
privée de nourriture pendant près d’une semaine,
fouettée régulièrement… La seule
réponse qu’elle trouva à cette violence fut de se
montrer encore plus indomptable, rendant la tâche de tous les
porcs qui venaient la voir plus compliquée
qu’auparavant… Chaque type qui franchissait le seuil de sa
« chambre » avec l’idée de passer du bon temps
en ressortait automatiquement avec une entaille plus ou moins profonde,
qu’il parvienne à lui passer dessus ou non… Elle se
mangeait pas mal de coups, aussi bien de la part des hommes qui la
sollicitaient avec insistance, que de celle de ses bourreaux, mais cela
semblait peu compter… le plus important était de trouver
un moyen pour fuir, et à ce moment précis, tuer ne lui
ferait pas peur…
Les mois passèrent, amenant leur lot de porcs et de
sévices sur tous les plans, mais la jeune femme tenait bon,
trouvant même le moyen de s’embellir, délaissant son
apparence de gosse pré-pubère, pour adopter son apparence
de femme… Les assauts redoublèrent, et le nombre de
blessés aussi, de manière presque proportionnelle, mais
étrangement, chaque coup, chaque blessure qu’on lui
portait, chaque humiliation qu’on lui infligeait lui donnait
davantage envie de foutre le camp de cet endroit de
misère… Elle souffrait, c’était clair, mais
personne ne devait le voir…